Année après année, les rencontres de Caux ont permis à des individus, dirigeants ou simples citoyens, de trouver la voie du dialogue et du pardon dans des conflits d'ordre personnel ou de dimension internationale. Depuis 1996, une série de rencontres intitulée Agenda pour la Réconciliation s'est développé en une véritable initiative.
- La réconciliation franco-allemande
- Les regrets du Japon
- Le dialogue social
- Le tournant de l'indépendance en Tunisie et au Maroc
- Le cas du Haut-Adige
- De la crise rhodésienne au Zimbabwé
- La renaissance du Cambodge
- Initiative de paix pour la Somalie
- Rapprochement des communautés au Liban
La réconciliation franco-allemande
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Dès 1946, Frank Buchman, fondateur du Réarmement moral, invite des Allemands aux premières rencontres de Caux. Alors que l'Allemagne est mise au ban des nations, il estime que l'Europe ne peut être reconstruite sans eux. Ce sont les premiers Allemands autorisés par les forces d'occupation à quitter le pays.
3.000 Allemands et 2.000 Français se rendent à Caux entre 1946 et 1950. Parmi eux, de nombreux dirigeants: députés, industriels, syndicalistes, représentants des médias. Le futur chancelier Konrad Adenauer, qui vient à Caux en 1948, exprimera plus tard sa reconnaissance pour la main tendue du Réarmement moral au peuple allemand.
Parmi les Français, une résistante qui a siégé comme député socialiste à l'Assemblée constituante, Irène Laure. D'abord choquée par la présence des Allemands, elle subit un véritable retournement intérieur et leur demande publiquement pardon pour sa haine. Elle ira porter ce message de pardon en Allemagne avec les équipes du Réarmement moral.
Le rôle du Réarmement moral dans la réconciliation franco-allemande a fait l'objet d'une étude des chercheurs américains du Centre d'études stratégiques et internationales de Washington, publiée en 1994 aux Presses universitaires d'Oxford. ("The missing Dimension of Statecraft", 1994.)
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Les regrets du Japon
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On a souvent reproché aux dirigeants japonais de n'avoir pas présenté publiquement leurs excuses à l'égard des pays occupés par le Japon pendant la guerre. Pourtant, d'importants responsables japonais, inspirés par le message du Réarmement moral, ont entrepris des démarches en ce sens dès les années d'après-guerre.
En juin 1950, une mission de soixante personnalités japonaises, hommes politiques, syndicalistes et industriels, entreprend une tournée en Europe et en Amérique qui débute par le centre de Caux. La délégation comprend les maires de Hiroshima et de Nagasaki ainsi que sept gouverneurs de province. Lors de leur réception au Sénat américain, le représentant personnel du premier ministre s'excuse pour les "fautes du Japon" et fait sensation dans la presse américaine.
Plus tard, des parlementaires, influencés par leurs contacts avec le Réarmement moral, inspireront le premier ministre, M. Kishi, à présenter des excuses publiques dans les neuf pays qu'il visite, en 1957, au cours d'une tournée dans le Pacifique.
"Je garde en mémoire ma visite au centre de Caux en 1950, a déclaré M. Nakasone, alors qu'il était premier ministre. A cette période, le Réarmement moral a contribué à ramener le Japon dans la famille des nations." M. Nakasone fait partie du comité d'invitation pour le 50e anniversaire de Caux.
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Le dialogue social
Sous l'impulsion d'un patron de l'industrie du jute, Robert Carmichael, qu'inquiète la crise du textile, des responsables patronaux et syndicaux français se retrouvent à Caux en 1950. Cette rencontre établit les conditions de confiance dans les négociations qui aboutiront, le 1er février 1951, à la signature de la première convention collective de branche qui soit conclue en France. Elles garantit pour la première fois aux salariés une participation aux résultats de l'amélioration de la productivité.
Enthousiasmé par l'atmosphère de Caux, Maurice Mercier, secrétaire général de la Fédération syndicale du textile Force Ouvrière, sillonne la France pour amener aux conférences qui s'y tiennent des délégations paritaires de 80 entreprises, dont 50 du textile.
Deux ans plus tard, en 1953, l'Union des industries textiles et trois organisations syndicales "prennent devant l'opinion publique l'initiative d'aborder de front et en toute franchise les problèmes essentiels dont la solution doit assurer progressivement la rénovation et l'expansion de l'industrie textile dans l'intérêt commun des travailleurs, des entreprises et du pays". Dix années de paix sociale suivront.
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Le tournant de l'indépendance en Tunisie et au Maroc
Au moment où les mouvements pour l'indépendance font monter la tension en Tunisie et au Maroc, toujours sous la tutelle française, des personnalités de ces deux pays sont marqués par leur séjour à Caux. Ainsi, en 1953, le pacha Si Bekkaï, futur premier ministre du Maroc indépendant, et le Tunisien Mohamed Masmoudi, représentant à Paris du parti nationaliste, le Néo-Destour.
" Caux m'a permis d'arrêter ma chute dans le désespoir et la haine", affirme Mohamed Masmoudi. De retour en France, il accepte de nouer des contacts informels avec des représentants français, ce qui permettra aux premières négociations franco-tunisiennes de se dérouler dans un climat de confiance. Il sera nommé ministre d'Etat du gouvernement tunisien afin de mener les pourparlers officiels avec la France, de septembre 1954 à mai 1955. Pour lui, le Réarmement moral a permis d'éviter "une guerre inexpiable contre la France".
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Le cas du Haut-Adige
Dans la province autrichienne cédée à l'Italie en 1919, le Tyrol du Sud, devenu Haut-Adige, la tension s'aggrave à partir des années cinquante entre la minorité germanophone et l'administration italienne. L'Autriche porte la question devant les Nations Unies; trois cents attentats sont perpétrés par des éléments extrêmistes locaux.
Devant la montée de la violence, une première délégation mixte se déplace à Caux à la Pentecôte de 1968. Elle est suivie par six autres en dix-huit mois.
Une scène émouvante se déroule à la tribune lorsque six personnalités, dont le président du gouvernement de la province de Bolzano, M. Silvius Magnago, un germanophone, et le vice-président du Conseil régional du Trentin-Haut Adige, M. Armando Bertorelle, un italophone, prennent la parole, ce dernier en langue allemande, en signe de bonne volonté. M. Magnago déclare alors: "Après avoir vécu ensemble l'expérience de Caux, je suis persuadé que quand nous nous retrouverons en négociations, l'amitié aura fait disparaître les paroles acerbes d'autrefois."
Trois ans plus tard, en 1971, les parlements italien et autrichien approuvent le "paquet" de normes sauvegardant l'autonomie de la communauté germanophone. En 1992, un vote du parlement autrichien règle le problème définitivement.
Le quotidien italien Il Giorno, dans son édition de Bolzano, écrit en 1969: "Il est bon de rappeler que notre province a des liens étroits avec le Réarmement moral en raison de l'aide que ce mouvement a donnée à des hommes politiques des deux groupes ethniques lors des rencontres de Caux. Il en est résulté un nouvel état d'esprit qui a rendu possible la solution des problèmes du Haut-Adige lors de la présentation des propositions italiennes."
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De la crise rhodésienne au Zimbabwé
Dans les années 70, la guérilla qui vise à chasser la minorité blanche du pouvoir fait des milliers de morts dans ce qui est alors la Rhodésie. Durant cette même période, de nombreux Rhodésiens, noirs et blancs, viennent aux conférences de Caux. De retour dans leur pays, certains s'engagent dans un travail de médiation et de rapprochement entre les hommes du pouvoir et la guérilla. Parmi eux, le pasteur Arthur Kanodereka qui sera assassiné en décembre 1978, peu après avoir rencontré Robert Mugabé, un des chefs de file de la rébellion.
En 1979, c'est à Caux qu'un ministre du gouvernement, accompagné de quatre députés, rencontre des opposants en exil. Certains d'entre eux participeront ensuite aux pourparlers de Lancaster House à Londres, d'autres travaillant dans les coulisses.
Alors que des élections ont pu être organisées, des éléments de l'armée rhodésienne préparent un putsch au cas où Robert Mugabé les remporterait. A la veille de la proclamation des résultats, une rencontre de dernière minute est organisée entre Robert Mugabé et Ian Smith, chef du gouvernement, par quelques hommes du Réarmement moral. Le lendemain, les deux dirigeants appellent au calme et à la réconciliation, ce qui permet de désamorcer la crise.
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La renaissance du Cambodge
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Bien avant les accords de Paris, en 1991, qui ont permis le retour de la paix au Cambodge, les équipes du Réarmement moral en France, en Australie et aux Etats-Unis ont entretenu de nombreux contacts avec les Cambodgiens en exil. A la demande de ces derniers, et dans la perspective d'un retour au pays, sont organisées des sessions de formation, notamment à Caux, sur des thèmes tels que: "Comment pardonner? Quel contenu moral et spirituel donner à la démocratie? Comment résister à la corruption?"
Plusieurs de ces Cambodgiens décident de rentrer dans leur pays. Ils y assumeront d'importantes responsabilités. Une profonde expérience de pardon vis-à-vis de leurs anciens ennemis fera d'eux des artisans de la réconciliation nationale. Dans cet esprit, plusieurs séminaires se tiennent à Phnom Penh sous l'égide du Réarmement moral en 1993 et 1994. De hautes personnalités politiques et religieuses du pays y participent et se rendent également à Caux pour les conférences d'été.
Le travail de réconciliation est soutenu par la diffusion de deux cassettes vidéo en langue khmère, la vidéo étant un moyen privilégié de communication dans le pays. L'une d'elle relate l'action de la résistante française Irène Laure après l'abandon de la haine qu'elle vouait aux Allemands. L'autre, s'appuyant sur les écritures bouddhiques, appelle à briser le cercle vicieux de la haine et de la vengeance.
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Initiative de paix pour la Somalie
A la suite d'un séjour à Caux, un ancien militant de la guérilla somalienne, exilé en Europe, surmonte ses ressentiments et prend l'initiative de renouer avec son ancien chef de guerre qui l'avait pourtant emprisonné pendant un an. "J'ai compris que le changement devait commencer par moi- même, raconte-t-il. Je me suis libéré de la peur et de l'amertume. J'ai trouvé là une nouvelle arme pour mon pays."
Il rassemble chez lui des représentants des différents clans présents au sein de la diaspora. Le récit de sa propre expérience de réconciliation contribue à gagner leur confiance.
Ensemble, ils prennent l'initiative de réunir des intellectuels appartenant aux différents clans. Leur objectif: mettre un terme à la guerre des clans, chacun essayant d'encourager son camp à changer d'attitude.
Aujourd'hui, ils cherchent à restaurer les conditions de la confiance entre les hommes, à former une élite responsable, à permettre à chacun de se réinsérer dans la vie économique après les années de guerre.
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Rapprochement des communautés au Liban
Peu après l'éclatement des affrontements inter-communautaires qui allaient déchirer leur pays, des Libanais appartenant aux communautés maronite, orthodoxe, melchite, sunnite, chiite et druze ont participé année après année aux sessions de Caux. Ils travaillent sur le terrain à une véritable réconciliation nationale sans laquelle les efforts de reconstruction du pays risquent d'être vains.
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